Un jour, Daksha, le maître de toutes les créatures, fit venir le seigneur Lune :
- Ma tâche est trop lourde pour moi seul, dit-il. Dorénavant tu m'aideras : tu seras le seigneur de la nuit.
Le seigneur Lune régna donc sur la nuit. Mais, assis au centre de son
immense royaume obscur, il ne percevait aucun signe de vie : pas la
moindre lueur, pas la moindre voix. Il retourna vers Daksha.
- Je
ne veux plus de mon royaume. Il est vrai que je suis aimé des hommes de
la terre. Ma douce lumière les invite à la danse et à l'amour, alors
que le Soleil les écrase de sa chaleur brûlante. Mais je suis seul et je
m'ennuie.
- Je ne reviens jamais sur une décision ! répondit
Daksha. Mais pour égayer ta solitude, je veux bien te donner
quelques-unes de mes filles.
Vingt-huit filles de Daksha
rejoignirent donc le seigneur Lune. Elles avaient toutes le même nom,
Naksatra, qui veut dire Constellation. Elles s'égaillèrent sur toute la
voûte céleste et se mirent à danser. Émerveillé, le seigneur Lune allait
de l'une à l'autre. Il ne savait laquelle était la plus ravissante, la
plus chatoyante.
Pourtant, l'une d'elles lui sembla plus belle
que toutes les autres : elle portait sur l'épaule une grande étoile qui
scintillait d'une lueur rougeâtre. Cette étoile, chez nous, a un nom :
Aldébaran.
Tandis que la jeune fille à l'étoile dansait, ses bras
s'élevaient comme des tiges de bambous rafraîchies par la pluie, et ses
mains s'épanouissaient comme des fleurs de lotus.
- Comment t'appelles-tu ? demanda le maître de la nuit, fasciné.
- Je m'appelle Rohini.
- Tu es très belle, Rohini. Tu es souple et élancée comme une liane, et ton parfum est celui du bois de santal. Je t'aime.
Dès
lors, le seigneur Lune passa son temps avec Rohini, négligeant ses
sœurs, qui finirent par aller se plaindre auprès de leur père.
-
Nous ne voulons plus vivre chez le seigneur de la nuit. Il passe devant
nous sans nous jeter un regard. Il n'a d'attentions que pour Rohini.
Daksha fit venir le seigneur Lune.
- Je ne t'ai pas donné mes filles pour que tu les méprises. Partage tes faveurs entre toutes également !
Mais le seigneur Lune continuait à n'avoir d'yeux que pour Rohini.
Une nouvelle fois, Daksha vit venir ses filles en colère et convoqua le maître de la nuit.
- Je n'ai pas l'habitude de parler pour rien. Si cette fois encore tu ne m'obéis pas, malheur à toi !
Le
seigneur Lune savait qu'il fallait prendre au sérieux les menaces de
Daksha et, la nuit suivante, il fit attention de passer autant de temps
avec chacune des sœurs. Mais cela ne dura pas. Il s'attarda de plus en
plus longtemps auprès de sa bien-aimée Rohini.
Cette fois, Daksha
ne prit même pas la peine de la faire venir. Il envoya le châtiment
promis. Le seigneur Lune tomba malade et se mit à s'affaiblir de jour en
jour.
Il diminuait à vue d'œil. Alors, sur terre, toutes les
plantes se desséchèrent et perdirent leur parfum. Puis, les animaux,
privés de nourriture, dépérirent, et les hommes commencèrent à
succomber.
Les Dieux, effrayés, se rendirent auprès de Daksha.
-
O grand Daksha, il n'y a pas que le seigneur Lune qui subit ton
châtiment. Toutes les créatures de la terre s'éteignent à leur tour.
Nous te supplions de rendre la santé au maître de la nuit !
- Il a
outragé mes filles, et moi-même à travers elles, répondit Daksha. Et je
ne revient jamais sur ma décision. Mais, je suis prêt à atténuer le
châtiment, si le seigneur Lune consent à m'obéir. Sa maladie ne le fera
plus souffrir que durant quinze jours. Quand il approcher de sa fin, il
ira se plonger dan le fleuve sacré Sarasvati, qui lui rendra sa force,
et pendant les quinze jours suivants il retrouvera la santé.
Déjà,
le seigneur Lune, aussi mince qu'un fil de soie, était près de
s'éteindre. La nuit suivante, on ne le vit pas sur la voûte obscure des
cieux. Il se baignait dans le fleuve Sarasvati. Mais dès le lendemain,
il réapparut dans le ciel, de jour en jour plus vigoureux et, au bout de
quinze jours, il était aussi gros et éclatant de santé qu'auparavant.
La
maladie du seigneur Lune, qui revient périodiquement, lui rappelle les
ordres de Daksha, et il ne manque plus de passer une nuit entière avec
chacune des vingt-huit sœurs. Ainsi il lui faut un mois pour leur rendre
visite à toutes. Rohini est triste d'attendre si longtemps son tour,
mais il lui reste une consolation : elle est devenue la protectrice des
amoureux, et c'est vers elle qu'ils lèvent les yeux quand ils se
prennent la main dans l'obscurité.
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RépondreSupprimerBonjour CryBaby, en ce jeudi lumineux, que ta journée soit douce comme une étoile de velours, inspirée comme une plume qui glisse sur l’âme, parfumée comme le bois de santal que porte Rohini dans sa danse céleste, ton récit est une offrande qui s’élève comme une prière dans la nuit, le Seigneur Lune devient un amant mélancolique, souverain de l’obscurité, épris de beauté et de douceur, Rohini brille comme une liane souple portant sur l’épaule l’éclat rougeoyant d’Aldébaran, tu écris avec une grâce qui fait naître des bras de bambou rafraîchis par la pluie, des mains de lotus qui s’ouvrent dans l’ombre, chaque détail devient une caresse, chaque image une onde, et pourtant quelle noblesse dans l’attachement du Seigneur Lune à Rohini, fidélité ardente qui défie les ordres de Daksha, passion qui fait vaciller les plantes, les animaux et les hommes, puis vient la guérison, le cycle, la renaissance dans le fleuve Sarasvati, rappel éternel de l’équilibre entre désir et devoir, entre éclat et silence, que ta journée soit aussi souple que les bras de Rohini, aussi parfumée que son souffle, aussi éclatante que la Lune retrouvée, et aussi inspirée que ta plume qui danse entre les étoiles, avec toute mon admiration pour ton art du récit et la joie de te lire encore, toujours, comme on lève les yeux vers Rohini dans l’obscurité, je me permets de vous rejoindre sur votre liste parmi vos amis, tant j’admire la finesse et la beauté de votre univers, si inspirant, c’est avec un réel plaisir que je vous invite à découvrir mon blog, où je partage mes propres histoires et créations, en espérant que vous y trouverez un petit reflet de votre monde si riche, je vous souhaite un dimanche des plus agréables, empreint de douceur, de lumière et de moments inspirants, avec toute mon admiration, Régis.