A l’origine, tout était noir. Pas un ouragan, pas une étincelle qui n’éclairât le monde. Pendant des années, on vécut dans l’obscurité la plus totale.
Il finit pourtant par y avoir des voix pour
s’élever contre la situation. Bientôt, ce fut la population entière qui
s’insurgea. Des réunions s’organisèrent, et il fut décidé de porter
remède à ce mal insupportable.
Le pic vert proposa d’aller
demander de la lumière à ceux qui vivaient de l’autre côté du monde.
Mais la voix du renard s’éleva :
- Tu crois vraiment, oiseau,
qu’ils vont te l’offrir, cette lumière ? Ils l’ont, et comptent bien la
garder ! Sinon, tu penses bien qu’ils nous en auraient donné un peu.
Non, moi, je dis qu’il faut la leur voler !
Tous opinèrent du
chef : ces égoïstes allaient devoir partager leur luminosité ! Mais qui
allait pouvoir réussir pareil exploit ? L’opossum s’avança, la tête
haute :
- Regardez-moi !leur dit-il, ma queue est si touffue
qu’elle pourrait abriter une nichée de chiots sans que nul ne
s’aperçoive de rien ! Confiez moi cette mission, et je serais revenu
avant même que vous ne vous rendiez compte de mon départ !
L’opossum impressionna son monde, et il fut décidé qu’il irait dérober la lumière.
Hélas,
on ne vole pas le soleil comme cela ! Être fort en gueule ne suffit pas
toujours, et l’opossum eut vite fait de la comprendre : à peine
l’animal atteignit-il la lumière que celle-ci lui brûla les yeux, non
sans avoir grilla le bout de sa fameuse queue qui traînait par là.
La
tête basse, la bestiole regagna sa tanière, bien décidé à ne pas
affronter le rire de ses compagnons. Et puisque l’opossum et sa
descendance étaient condamnés à ne plus jamais avoir de poils sur la
queue, il sera dit que désormais, il ne sortirait que la nuit, histoire
de ne pas être trop tourné en ridicule !
Mais tout cela ne faisait guère l’affaire de nos animaux, même s’ils avaient bien ri !
On
décida d’y envoyer le busard : peut-être le volatile réussirait là où
l’opossum avait échoué… Mais il n’eût guère plus de succès-il revint de
son expédition le crâne plumé, brûlé par le soleil. Cette fois-ci, on ne
rit plus.
C’est tout juste si on entendit le busard se plaindre
d’être devenu chauve à jamais. Ne sachant que faire, les animaux
pensèrent à abandonner leur projet. Mais une petite voix s’élevant de
l’herbe se fit entendre :
- Laissez-moi essayer !
C’était
l’araignée qui venait de parler. Le bison étouffa un rire : quoi, cette
chose ridicule, voler le soleil ? Allons, autant demander à un aigle de
nager ! Mais l’araignée insista :
- Là où un homme a échoué, peut-être qu’un petit bout de femme réussira !
Après
tout, pourquoi pas ? pensèrent ses compagnons. Et l’araignée partit
vers l’est. En chemin, elle fabriqua un petit pot d’argile dans
l’obscurité. Et elle pensa à dérouler un fil afin de retrouver son
chemin pour revenir. Elle marcha pendant des jours, et finit par
atteindre le pays de la lumière. Elle était tellement petite que nul ne
la remarqua et ce fut sans encombres qu’elle s’approcha du soleil et lui
déroba un morceau de lumière. Caché dans le pot et à l’abri des regards
curieux, le bout de soleil fut emporté vers les contrées obscures.
Le
retour fut aussi aisé que l’aller : il suffit à l’araignée de suivre
son fil pour retrouver sa route. Elle put donc remettre à son compagnon
la lumière tant désirée, et le soleil se mit enfin à briller au dessus
de leur tête.
Qu’advint-il de la petite araignée ? Toute modeste,
elle refusa les honneurs, mais exigea que l’humanité se souvienne à
tout jamais de ses actes. C’est pourquoi depuis ce jour que la toile
d’une araignée à la forme d’un disque solaire, et qu’elle est tissée
bien avant que le soleil ne montre le bout de ses rayons.
Et
c’est pourquoi les femmes indiennes seules peuvent faire de la poterie,
et que vous ne les verrez jamais faire sécher les pots au soleil, mais
dans l’obscurité. En souvenir de la petit araignée qui avait été plus
maligne que les autres…
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