19 janvier 2026

Beppino le Chevrier (Conte Italien)

  

 

 

Il était une fois un jeune chevrier qui s'appelait Beppino. Tous les jours, il menait paître son troupeau dans les alpages. Il aimait toutes ses chèvres, mais plus particulièrement un petit chevreau blanc comme neige. Le chevreau étai vif et hardi, il gambadait dans les rochers et, plus il montait haut dans la montagne, plus il était heureux.

 

Un jour, Beppino vit que son petit chevreau avait disparu.

- Il est encore parti vers les sommets, se dit-il, et il a dû s'égarer. Il faut que je le retrouve avant la nuit.

Et il se mit à grimper. Au-dessus de lui se dressaient les cimes enneigées, qui étincelaient au soleil. Il atteignit une paroi de rocher vertigineuse. Tout là-haut, il distinguait une tache blanche. Sans hésiter, il se lança dans l'escalade. Parvenu au sommet, il resta muet d'étonnement : entre les parois à pic était tendue une corde sur laquelle flottaient des robes, des chemises, des draps, qui séchaient au vent.

- A qui donc appartient cette lessive ? s'exclama Beppino.

Alors la paroi de rocher s'ouvrit devant lui, et une jeune fille merveilleusement belle en sortit.

- Cette lessive est à moi, dit-elle. Je suis Bellinda, la reine des neiges. Tu es le bienvenu, car je me sentais très seule.

Beppino resta un moment ébloui, puis il reprit ses esprits et dit :

- Si tu veux, je resterai avec toi. Marions-nous !

La reine lui tendit la main en souriant, et ils entrèrent dans son palais de cristal.

Les noces furent célébrées par une grande fête, à laquelle participèrent les fées et les lutins de la montagne.

Beppino vécut des jours heureux dans le palais de la reine, qui s'élevait au sommet d'une montagne inaccessible, entourée de glaciers. Dans toutes les salles résonnait une douce musique et, sur les corniches, des roses et des oeillets fleurissaient sous le soleil éblouissant. Beppino se croyait au paradis.

Mais, quand il s'endormait, chaque nuit le même cauchemar venait le hanter. Il se voyait grimpant allègrement dans les rochers. Soudain, il entendait le grondement sourd d'une avalanche et, en un instant, il était englouti sous une énorme masse de neige. Il grelottait comme si l'édredon s'était transformé en glace, il avait l'impression d'étouffer.

Bellinda s'efforçait de le réconforter. Quand il se réveillait en sursaut, en criant :

- Au secours ! Je vais mourir !

Elle lui caressait doucement le front et murmurait :

- Ce n'est rien, Beppino, dors !

Et Beppino, apaisé, se rendormait entre ses bras.

Un matin, Beppino s'était accoudé à la fenêtre. Très loin, en bas dans la vallée, il distinguait les toits de son village, et il fut envahi par la nostalgie.

- Permets-moi de retourner pour quelques heures voir mes amis, demanda-t-il à la reine. Je voudrais aussi retrouver mon petit chevreau.

- Mon pauvre Beppino, répondit Bellinda, depuis combien de temps crois-tu être ici ?

- Trois mois.

- Cela fait quatre-vingt-dix ans que tu vis dans ce palais ! Ici, chaque jour compte pour une année. Chaque nuit est un hiver ; et alors, nous dormons, ensevelis sous la neige. Tes amis sont morts depuis longtemps, et tu ne reconnaîtras plus personne au village. Et que deviendras-tu si tu ne retrouves pas le chemin de notre demeure ?

Mais Beppino s'obstina.

- Je te promets de revenir très vite.

Il embrassa Bellinda, qui versait de grosses larmes, et descendit de la montagne. Mais plus il marchait, plus ses pas devenaient lents et lourds, plus son souffle se faisait court et plus ses épaules se courbaient. Enfin, il atteignit une auberge, où il s'arrêta pour se restaurer. Il se regarda dans un miroir : son image était celle d'un vieillard aux cheveux blancs.

Alors, il gémit :

- Pourquoi ne suis-je pas rester auprès de ma chère épouse ?

Saisi d'angoisse, il se remit en route pour regagner le palais de cristal. Mais il sentit vite que ses faibles forces ne suffiraient pas. La nuit tomba, et la lune monta dans le ciel pur. Beppino écouta le vent, qui murmurait entre les rochers. La grande paix de la montagne remplit son coeur.

- Vent, mon ami, dit-il, mon corps est devenu si léger, emporte-moi sur la lune. De là-haut, je pourrai contempler le palais de Bellinda pour l'éternité !

Le vent l'exauça. Sur la lune, le petit chevreau blanc l'attendait. Beppino le prit tendrement enter ses bras, et c'est toujours ainsi qu'on peut le voir, par les nuits de pleine lune, si on observe attentivement.
 

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